Vital Kamerhe à Joseph Kabila : « Le peuple vous jugera sur vos actes »

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Iakje

Vital Kamerhe, président de l’Union pour la nation congolaise (UNC), accuse Joseph Kabila, président du Front pour la refondation de la Nation (FRN), de prôner la paix dans ses discours tout en dirigeant des forces engagées dans la lutte armée contre les institutions de la République démocratique du Congo (RDC).

Dans son adresse à la Nation, ce mercredi 14 octobre 2026, il a dénoncé ce qu’il considère comme une contradiction entre les appels à la paix de l’ancien chef de l’État et son engagement à la tête de cette coalition politico-militaire, annoncée à Goma avec la participation de l’AFC/M23.

Pour Vital Kamerhe, la prise de direction du FRN par Joseph Kabila, suivie de l’annonce de cette coalition le 12 octobre, constitue un tournant grave dans la vie politique congolaise. Il estime que cette situation appelle des explications de la part de l’ancien président de la République.

« Vous me parlez de la paix. Le 12 octobre, soit trois jours après sa prise de direction du Front pour la refondation de la Nation, une coalition politico-militaire comprenant l’AFC/M23 était annoncée à Goma. Voilà les faits. J’y vois une contradiction sur laquelle les Congolais sont en droit d’attendre une réponse », a déclaré le président de l’UNC, avant d’interpeller directement Joseph Kabila : « Monsieur le président honoraire, vous appelez à la paix dans vos discours, mais vous appelez à la rébellion dans vos actes. Le peuple vous jugera sur vos actes ».

Vital Kamerhe a rappelé avoir déjà critiqué Joseph Kabila le 25 janvier 2018, alors que ce dernier était encore président de la République. Il estime que la décision de l’ancien chef de l’État de prendre la direction du FRN rend cette contradiction plus grave, dans la mesure où celui-ci prétend vouloir sauver le pays tout en dirigeant des forces qui combattent ses institutions.

« Vous prétendez sauver un pays en prenant la tête des forces qui combattent ses institutions. Vous avez dirigé la RDC pendant 18 ans. Dix-huit ans pour renforcer son armée, consolider ses institutions, impulser le développement et tirer l’ensemble de l’Afrique vers le haut, au regard de nos ressources économiques naturellement innombrables et de la position géostratégique qu’occupe notre pays. Dix-huit ans, enfin, pour protéger les populations congolaises », a-t-il rappelé.

Dans son adresse, le président de l’UNC a également contesté toute tentative de Joseph Kabila de se présenter comme étranger aux difficultés que traverse actuellement la RDC. Il estime que les anciens dirigeants doivent assumer leur part de responsabilité dans l’histoire politique du pays, au lieu d’en faire porter tout le poids à leurs successeurs.

« Vous ne pouvez pas vous présenter aujourd’hui comme un homme étranger aux blessures de notre peuple, sans aucune responsabilité dans ses fragilités et sans avoir de comptes à rendre sur son histoire. On ne fait pas son propre bilan en accusant son successeur. Chacun de nous doit avoir la décence d’assumer sa part de responsabilité dans l’histoire tumultueuse que connaît notre pays », a-t-il soutenu.

Il a par ailleurs mis en garde contre les conséquences d’une nouvelle confrontation armée, rappelant les souffrances déjà endurées par les populations congolaises, particulièrement dans les zones touchées par les conflits. Selon lui, les initiatives qui prétendent défendre les intérêts du peuple doivent être évaluées à l’aune de leur coût humain.

« Et surtout, on ne répare pas le destin d’un pays en lui imposant une nouvelle aventure armée. Notre peuple a suffisamment payé. Les risques de nouvelles confrontations et d’affrontements sont inévitables. Il y a des familles endeuillées, des enfants éloignés de l’école, des femmes exposées aux violences et des compatriotes contraints d’abandonner leurs terres. Ceux qui prétendent agir en leur nom ont le devoir de répondre du prix humain de leurs décisions », a-t-il martelé.

Le président de l’UNC a également critiqué le bilan des rébellions successives en RDC, estimant qu’elles n’ont pas répondu aux aspirations des citoyens en matière de sécurité, de justice et de développement. Il a appelé à mettre fin à la répétition des conflits armés qui fragilisent le pays.

« Après tant d’années de conflits, nous devons regarder les résultats avec lucidité. Les rébellions successives n’ont pas donné aux Congolaises et aux Congolais la sécurité, la justice et la prospérité partagée qu’ils espèrent. Notre responsabilité est de sortir sans délai le pays de cet engrenage de l’insécurité et des guerres récurrentes », a-t-il insisté.

Sur le plan politique, Vital Kamerhe a réaffirmé son soutien au président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qu’il considère comme son allié et partenaire politique. Il estime que les récents développements confirment les mises en garde du chef de l’État et appelle au rassemblement autour de la défense de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de l’ordre constitutionnel.

« Je réaffirme mon soutien au président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, mon allié et partenaire politique. Les faits confirment la justesse de ses mises en garde face à une menace qu’il avait identifiée. Ils nous commandent de nous réunir autour de la défense de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de l’ordre constitutionnel », a déclaré le président de l’UNC.

Vital Kamerhe a enfin appelé les Congolais, au-delà de leurs divergences politiques, à préserver l’unité nationale et à privilégier une mobilisation pacifique et responsable face à la situation. Il a rappelé que « dans cette épreuve, l’unité nationale doit rester notre bien le plus précieux ».

Raphaël Kwazi