« Un ancien chef de l’État doit être un artisan de paix, pas de guerre », a déclaré Grâce Neema Paininye, questeure adjointe de l’Assemblée nationale, en condamnant la décision de l’ancien président Joseph Kabila de prendre la tête du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), un mouvement politico-militaire dont la création a été annoncée le lundi 12 octobre à Goma, dans l’est de la RDC.
Lors d’un point de presse animé ce jeudi 15 octobre 2026 à Kinshasa, cette élue de la Grande Orientale a dénoncé une démarche qui, selon elle, menace la paix, la stabilité et l’intégrité territoriale du pays.
« Je condamne avec la plus grande fermeté cette démarche qui constitue une menace pour la paix, la stabilité et l’intégrité territoriale de notre pays. Le recours aux armes ne saurait être une voie légitime de conquête du pouvoir politique », a-t-elle affirmé.
Grâce Neema a estimé que Joseph Kabila, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019, devrait défendre la paix, la souveraineté nationale et l’unité du peuple congolais plutôt que de s’engager dans une confrontation armée.
« Dans un pays meurtri depuis plus de trente ans par des guerres et des agressions répétées, notamment celles imputées au Rwanda, il est inacceptable et impensable de voir celui qui a présidé aux destinées de notre Nation pendant dix-huit ans emprunter une voie qui risque de rejoindre celle des bourreaux de nos populations, au point de poignarder une fois de plus la Mère-Patrie », a-t-elle déclaré.
La questeure adjointe de l’Assemblée nationale a également mis en garde contre les conséquences des conflits armés sur les populations civiles, particulièrement dans l’est du pays.
« Notre pays a déjà trop souffert. Les populations de l’Est ont payé un lourd tribut aux conflits armés. Aucune ambition politique ne peut justifier de nouvelles pertes en vies humaines, le déplacement des familles et la destruction de nos communautés », a-t-elle souligné.
Pour Grâce Neema, l’ancien président devrait s’inspirer d’autres dirigeants africains qui ont continué à servir leur pays par le dialogue, la médiation et la diplomatie après avoir quitté le pouvoir.
« L’histoire nous enseigne que les anciens chefs d’État peuvent continuer à servir leur Nation autrement que par la confrontation. Des personnalités comme Olusegun Obasanjo du Nigeria, Catherine Samba-Panza de la République centrafricaine, John Agyekum Kufuor du Ghana ou Macky Sall du Sénégal ont, à différentes étapes de leur parcours, contribué à des initiatives de dialogue, de médiation ou de diplomatie. Joseph Kabila devrait s’inspirer de ces exemples et mettre son expérience au service de la paix plutôt que de s’engager dans une logique de confrontation armée », a-t-elle insisté.
Elle a, par ailleurs, appelé la communauté internationale, particulièrement les États-Unis, l’Union africaine et les Nations unies, à contribuer à des avancées concrètes en faveur de la paix, de la sécurité des populations et du respect de la souveraineté congolaise.
« J’en appelle également à la communauté internationale, particulièrement aux États-Unis d’Amérique, à l’Union africaine et aux Nations unies, afin que les efforts diplomatiques engagés aboutissent à des résultats concrets pour la paix, la sécurité des populations et le respect de la souveraineté de la République démocratique du Congo », a-t-elle déclaré.
Grâce Neema a également exprimé son soutien au président Félix Tshisekedi et appelé les Congolais à soutenir les forces de défense et de sécurité.
« L’heure n’est ni aux divisions ni aux calculs politiciens. Elle est à la responsabilité, à la solidarité nationale et à la défense de notre souveraineté. Nos divergences politiques doivent s’exprimer dans le cadre démocratique et constitutionnel, jamais au prix du sang des Congolais », a-t-elle martelé.
Pour rappel, la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), dirigé par Joseph Kabila, a été annoncée le lundi 12 octobre 2026 à Goma. Cette nouvelle coalition politico-militaire s’inscrit dans le contexte du conflit armé persistant dans l’est de la RDC, où les forces gouvernementales affrontent l’AFC/M23.
Le 30 septembre 2025, Joseph Kabila a été condamné à mort par contumace par la Haute Cour militaire de Kinshasa. Il a notamment été reconnu coupable de trahison, de participation à un mouvement insurrectionnel et de crimes de guerre, dans une affaire liée à la rébellion de l’AFC/M23.
Le 30 avril 2026, les États-Unis ont également imposé des sanctions à l’ancien président congolais, l’accusant de soutenir financièrement l’AFC, d’encourager des militaires congolais à rejoindre cette coalition politico-militaire et d’avoir tenté d’organiser des attaques contre les Forces armées de la RDC (FARDC) depuis l’extérieur du pays. Washington lui reproche également d’avoir cherché à favoriser l’installation d’un candidat opposé à Félix Tshisekedi afin de regagner de l’influence au sein du pouvoir congolais.
Merveil Molo