Au moins deux manifestants ont été tués et plusieurs dizaines d’autres blessés lors du sit-in organisé le 12 juin 2026 à Kinshasa par la Coalition Article 64 (C64), selon un rapport de monitoring publié par Justice et Paix Congo (JPC).
Le document, signé par Mgr Donatien N'shole, fait également état de plusieurs arrestations et accuse les forces de sécurité d’avoir fait « un usage disproportionné de la force » lors des affrontements survenus aux abords du Palais du peuple.
Selon le rapport, le bilan comprend « au moins deux manifestants tués : un par balle, dont le corps a été emporté dans un véhicule de la police, et l’autre sous les coups de bâton et de pierres de membres de la Force du progrès lors de l’assaut contre le siège de l’ECIDE ».
Justice et Paix Congo affirme également que « 53,3 % des rapports de nos moniteurs attestent que plusieurs dizaines de personnes ont été blessées », principalement parmi les manifestants, tandis que « 40 % des rapports de ces moniteurs renseignent que quelques dizaines de personnes ont été arrêtées ».
L’organisation souligne toutefois que « toutes ces deux propositions ont été récusées par la C64 et la réunion de concertation a fini sous des désaccords ».
Le rapport fait aussi état d’une mobilisation des jeunes de la Force du progrès à la veille de la manifestation.
Les moniteurs rapportent « qu’une réunion de ces jeunes a été organisée le 11 juin 2026 sur la 10e Rue, dans la commune de Limete, jusqu’au soir ».
Selon le document, des rumeurs d’affrontements entre ces jeunes et les manifestants circulaient déjà dans plusieurs quartiers de la capitale.
Aux premières heures du 12 juin, les moniteurs ont observé « le déploiement d’un dispositif renforcé de militaires et de policiers, notamment aux carrefours et sur certaines grandes artères de la ville de Kinshasa ».
Le rapport ajoute qu’aux côtés des forces de sécurité « se trouvaient de petits regroupements de personnes identifiées par nos moniteurs comme des éléments de la Force du progrès, reconnue comme une branche de la jeunesse du parti politique Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ».
Justice et Paix Congo affirme que « ces militaires, policiers et éléments de la Force du progrès procédaient à l’identification des passants, dont certains ainsi que quelques badauds étaient interpellés puis transportés dans des véhicules militaires ».
Les moniteurs rapportent aussi que les leaders de la C64 et certains responsables de l’opposition ont quitté leurs sièges respectifs avec leurs partisans en direction du Palais du peuple, « scandant des chants et des slogans hostiles au pouvoir en place ».
Le rapport indique que plusieurs sièges de partis d’opposition et certaines processions de manifestants ont été attaqués avant leur arrivée au Palais du peuple.
Justice et Paix Congo cite notamment « les attaques dirigées contre le siège de l’ECIDE, ayant entraîné la mort d’un manifestant ; le siège de FONUS de M. Olengankoy ; et le siège de l’Alliance pour le Changement de J. Marc Kabund ».
Le document affirme également que « tous les manifestants passés par l’avenue de l’Enseignement ont également été pris pour cible par la Force du progrès ».
Selon le rapport, la progression des manifestants vers le Palais du peuple a donné lieu à « des affrontements violents entre, d’un côté, les forces de l’ordre et la Force du progrès, et de l’autre, les manifestants ».
Justice et Paix Congo soutient que « ces affrontements ont été d’une telle violence qu’ils ont occasionné la mort d’un manifestant tué par balle ainsi que des dizaines de blessés ».
Le document affirme en outre que « pendant cette confrontation, la police a fait un usage disproportionné de la force ».
Dans sa conclusion, le rapport rappelle que « les libertés publiques, socle de la participation citoyenne et de l’expression pluraliste des opinions, sont pour toute démocratie ce que le sang est pour le corps humain ».
Justice et Paix Congo estime que « restreindre ces libertés, recourir à un usage excessif de la force pour les réprimer ou s’appuyer sur des milices partisanes pour les étouffer demeure contreproductif pour l’État de droit démocratique et la cohésion sociale ».
Le rapport formule plusieurs recommandations, notamment l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violations des droits humains commises lors de cette manifestation, le renforcement des capacités de la police ainsi que « la neutralisation de la Force du progrès, qui opère au grand jour comme une “milice” appartenant au parti au pouvoir ».
Justice et Paix Congo appelle par ailleurs les partis politiques à promouvoir « la non-violence et la sensibilisation des militants à la discipline lors des mobilisations ».
Le rapport revient sur le contexte de cette manifestation organisée par la coalition C64 contre le projet de révision de la Constitution porté par la majorité au pouvoir.
Selon le document, la C64 accuse la majorité présidentielle de vouloir modifier les dispositions verrouillées par l’article 220 de la Constitution de février 2006 « afin de permettre au président Tshisekedi de rester au pouvoir après la fin de son deuxième et dernier mandat en cours ».
Le rapport précise toutefois que « ce point de vue de la C64 est rejeté par la majorité au pouvoir, qui invoque la nécessité de doter le pays d’une Constitution adaptée à ses réalités actuelles ainsi qu’aux exigences de sa souveraineté ».
Justice et Paix Congo indique avoir déployé 15 moniteurs mobiles pour assurer le suivi de la manifestation.Cinq ont été positionnés autour du Palais du peuple et dix autres sur plusieurs grandes artères de Kinshasa.
La veille de la manifestation, une réunion de concertation avait été organisée à l’initiative du gouverneur de Kinshasa avec les représentants de la C64.
Selon le rapport, les autorités provinciales avaient proposé « de renoncer au Palais du peuple comme point de chute de la manifestation en raison de son caractère inviolable et de le remplacer par le terrain Assossa, dans la commune de Kasa-Vubu ».
Le gouvernement provincial avait également demandé que le sit-in soit organisé dans l’après-midi « afin de ne pas perturber l’organisation du Test national de sortie du sous-primaire (TENASOSP) ».
Raphaël Kwazi